Montréal mène la conquête du monde de l’IA

Même si ça peut paraître étonnant avec la quantité déjà impressionnante de startups et d’entreprises technologiques tous azimuts qui y pullulent déjà, Montréal est en train de devenir une véritable Silicon Valley de l’intelligence artificielle (IA). Même si on peut se demander ce que la ville a de plus que New York, Londres, Boston ou la baie de San Francisco, lorsqu’on s’y attarde, on réalise rapidement qu’il s’y trouve la plus grande concentration au monde de chercheurs indépendants en matière d’IA.

Au centre de ce groupe d’expertise se trouve L'Institut de valorisation des données (IVADO), un pôle scientifique et économique issu d’une collaboration entre l’École Polytechnique, l’Université de Montréal et le HEC. Lancé il y a à peine plus d’un an, l’IVADO reconnaît la nécessité de valoriser une nouvelle sorte de donnée scientifique combinant la recherche, l’analyse et l’apprentissage informatique. Comme le souligne la directrice du développement des partenariats et mobilisation des connaissances de l’Institut, Valérie Bécaert, « il ne s’agit pas simplement d’utiliser ce qu’on appelle l’apprentissage automatique pour rendre les données intelligentes, mais plutôt d’utiliser les données pour automatiser des décisions complexes. » Les décisions auxquelles elle fait référence sont celles qui sont derrière, notamment, l’autonomie des véhicules, la traduction automatique et la recherche pharmaceutique, pour ne citer que celles-ci.

L’une des figures de proue de l’expertise montréalaise en science de données est le directeur scientifique de l’IVADO, Yoshua Bengio. Véritable pionnier de « l’apprentissage profond », il développe cette approche de l’IA depuis les années 80, alors qu’ils n’étaient encore qu’une poignée de scientifiques à s’y intéresser. Ce n’est toutefois que depuis une dizaine d’années que cette méthode de recherche, jusque-là peu populaire, s’est imposée comme l’une des plus importantes dans le domaine. La majorité du financement investi dans cette approche vient toutefois toujours des entreprises privées, qui recrutent la quasi-totalité des jeunes diplômés.

Bengio, pour sa part, s’est toujours obstiné à tourner le dos au privé, préférant se concentrer sur l’émergence de la recherche indépendante montréalaise. Aujourd’hui à la tête de l’un des groupes les plus notables du monde, on peut dire que ses efforts ont porté fruit.

Alors que le privé est derrière les applications les plus puissantes en matière d’IA, Yoshua espère plutôt pouvoir « fournir des services qui, à défaut d’avoir une valeur commerciale, pourront être utiles à la population. »

Ainsi, il ne cherche pas seulement à surpasser l’expertise humaine, mais à la redistribuer. Même si une machine ne pourra jamais poser un diagnostic plus précis que le top 1% des meilleurs médecins du monde, ça restera toujours supérieur à la majorité d’entre ceux-ci.

Cette volonté de faire une différence grâce à l’IA est sans contredit ce qui a contribué à attirer le talent à Montréal plutôt que dans les grandes entreprises technologiques. Aussi, cet automne, le gouvernement canadien a octroyé 93,5 millions à l’Institut et espère que, d’ici sept ans, Montréal puisse « être reconnue internationalement comme un pôle de l’intelligence artificielle. » Nul doute que la subvention fédérale vient solidifier encore plus le potentiel de la ville.

Un autre avantage que compte Montréal est son réseau d’institutions académiques, avec qui seul Boston paraît vraiment pouvoir rivaliser. Comme l’IA engendrera des changements majeurs dans le développement de plusieurs industries, il apparaît primordial que les chercheurs travaillent en étroite collaboration avec des experts de tous les domaines qui en bénéficieront. Pour des applications concrètes en soin de santé, par exemple.  

Cela s’applique également au développement de pratiques étiques. Dès le début, L’IA doit être réfléchie sous une perspective dont pourront bénéficier des initiatives humanitaires. La proximité d’une certaine « autorité sociale académique » permettra donc de bien asseoir les bases d’un écosystème IA avisé.    

Établir un modèle d’affaires conséquent

Être indépendant ne signifie pas nécessairement s’aliéner l’aspect commercial de son travail. Les scientifiques veulent évidemment que leurs découvertes soient utilisées! À ce propos, Bengio décrit l’IVADO comme un « noyau », une graine qui pourra germer en un réseau de développement unissant toutes les dimensions d’un écosystème IA. Cela revient d’agir comme une « interface » ralliant autant les chercheurs que le gouvernement et les industries.

Aussi, « Element AI » est une des concrétisations de la relation qu’entretient l’IVADO avec le monde des affaires. Fruit d’un partenariat entre les entrepreneurs Jean-François Gagné et Nicolas Chapados, l'investisseur Jean-Sébastien Cournoyer, du fonds de capital de risque montréalais Montreal Ventures, et Yoshua Bengio lui-même, l’initiative consiste en un incubateur permettant à des chercheurs en IA de se pencher sur des problèmes relatifs à la gestion des données qu’éprouvent certaines entreprises.   

Il s’avère qu’un nombre important de grandes entreprises basées à Montréal sont très heureuses de pouvoir compter sur ces précieux outils : CAE, Air Canada, Merck Pharmaceuticals, et Pratt & Whitney, pour ne nommer que celles-ci.

Bengio avance « que plusieurs compagnies explorent le potentiel de l’utilisation des données. Dans le commerce, le jeu vidéo, le transport, la logistique, les finances, les banques, les ressources, l’éducation, la santé… pratiquement toutes les industries s’y intéressent. S’il y a des données, il y a probablement quelque chose à faire! »

Les outils pour réussir

Il n’y a pas vraiment de seuil minimal pour devenir le Silicon Valley de l’IA et il est même permis de douter qu’une telle chose soit encore possible à l’ère de l’économie numérique, où tout est connecté. Toutefois, Montréal semble réellement posséder un nombre important des pièces du casse-tête.

Même s’ils s’entendent pour dire qu’il n’y a presque aucune limite au développement local de l’IA, Bengio et Bécaert se préservent toutefois d’entretenir des d’attentes trop élevées. Pour le premier, il y a tout à fait lieu d’être optimiste : « Je suis persuadé que l’IA connaîtra l’une, sinon LA plus grande croissance économique des décennies à suivre. Même si la croissance récente fût fulgurante, je crois que ce n’est encore que la pointe de l’iceberg… Si nous prenons les bonnes décisions, nous pourrons devenir, ici, au Canada et à Montréal en particulier, le centre d’action de cette croissance. »

Pour Bécaert, les astres sont alignés en ce moment pour que Montréal réclame son titre de « Silicon Valley de l’IA ». Présentement, les gouvernements québécois et canadien font bien plus que fournir simplement le financement, il offre également l’accès à des institutions nationales comme le système de santé et ceux des transports municipaux. Il faut également souligner que le climat politique libéral a permis de retrouver une certaine cohésion scientifique partout au pays et facilite les échanges.   

Qu’elle soit oui ou non la Silicon Valley de l’IA, Montréal reste actuellement un bel exemple du succès d’une recherche ouverte, indépendante et collaborative

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